UNE ETUDE POUR SAVOIR S’IL Y A UNE REPRODUCTION NATURELLE DE BROCHET DANS SERRE-PONCON.

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UNE ETUDE POUR SAVOIR S’IL Y A UNE REPRODUCTION NATURELLE DE BROCHET DANS SERRE-PONCON.

La Fédération de Pêche des Hautes-alpes, a initié depuis 2016 une étude sur l’origine natale des brochets dans la retenue de Serre-Ponçon.

L’objet de cette étude était de savoir si la reproduction du brochet existait dans les eaux du lac de Serre-Ponçon, ou si la présence de brochets était exclusivement issus des alevinages existants (brochets introduits chaque année à partir des Dombes). Les résultats apporteraient une information capitale pour une gestion plus fine de cette espèce sur le lac ces prochaines années.

Le contexte de Serre-Ponçon :

Le brochet n’est pas un poisson naturellement présent dans Serre- Ponçon. Il a été introduit pour la première fois dans la retenue artificielle en 1971. Depuis une population significative de brochet s’est développé à Serre-Ponçon et représentée par un grand nombre d’individus de forte taille.

Depuis 1984, la population en place est soutenue annuellement par alevinages au printemps :

30 000 individus/an d’alevins de brochet au stade « fingerlings » (8/10 cm), en provenance d’une pisciculture en étangs des Dombes.

cette espèce est strictement « phytophile » : la ponte est déposée à faible profondeur (0,3 à 1 m) préférentiellement sur de la végétation herbacée des rives. La reproduction naturelle du brochet est donc compromise sur cette retenue artificielle à cause des contraintes liées au marnage (sol ”lunaire” sans végétaux).

Si elle existe, les sites potentiels à la fraie (végétalisés) sont limités : le site du Liou, de la baie de la gendarmerie à Savines, la baie du Réallon, ….

Ces sites potentiels à la fraie représentent cependant des petites surfaces par rapport à celle de la retenue. Ces sites potentiels accueillent naturellement une végétation terrestre ou semi-aquatique : carex, phalaris, rorippa,…

Cette végétation occupe cependant uniquement un espace compris entre 770 et 780 mètres NGF. Cette végétation, en tant que support de ponte, se trouve immergée et accessible uniquement à la fraie potentielle des brochets à du mois de juin et jusqu’à la mi-août, lorsque le niveau du lac est au plus haut.

Un suivi du développement d’une espèce – Rorippa sylvestris – a été engagé depuis quelques années. En effet, cette espèce, naturellement représentée sur les berges, semble se développer très significativement sur toutes les berges de la retenue (observations), entre les côtes 770 et 780 NGF depuis 2012. Sa présence serait très intéressante dans le cas où elle est pourrait être adopté et convenir comme support des pontes.

L’étude :

Déterminer l’origine d’un poisson est possible grâce à l’analyse de concrétions calcaires de l’oreille interne des poissons -les otolithes- servant à leur audition et leur permettant aussi de se situer dans dans leur milieu.

Cette pièce est formée par le dépôt journalier de couches de carbonate de calcium/protéines tout au long de la vie du poisson. Des éléments chimiques (marqueurs) et isotopiques sont incorporés chaque jour dans ces couches en proportion avec le milieu de vie (chimie des eaux). On peut aller rechercher dans les otolithes, à différents moments de la vie de l’animal, ces éléments pour nous apporter des informations.

L’extraction des otolithes s’est faite à partir de têtes congelées de brochets des pêcheurs de Serre-Ponçon par la Fédération de pêche des Hautes-Alpes. La préparation (mise en résine, découpe, ponçage…) a été réalisée par la société SCIMABIO. Les Analyses des échantillons et l’interprétation des résultats par Gilles Bareille, Chargé de Recherche au CNRS à l’université de Pau et des Pays de l’Adour.

Les résultats :

Ils sont assez éloquents. L’étude nous révèle non seulement que la reproduction du brochet est bien réelle dans les eaux du lac de Serre-Ponçon, mais elle nous en donne aussi les proportions : 74 % des individus analysés sont sauvages et donc issus de reproduction naturelle et 26% proviennent du soutien piscicole par nos empoissonnements annuels.

Suites à donner et émergence de projets :

La Fédération et les associations de pêche des Hautes-Alpes vont entamer une réflexion pour optimiser nos alevinages en brochets. D’autres analyses sur le même principe (études d’autres otolithes) seraient propices pour améliorer nos statistiques. Ils seront complétés par des analyses d’eau comparatives : Durance, Ubaye, plan d’eau d’Embrun…

Comme présenté lors du dernier congrès fédéral en avril 2018, un projet collaboratif expérimental est en cours, en partenariats avec l’AFB, l’IRSTEA, Ecocéan – UROS et le SMADESEP et la Fédération de Pêche 05 : La végétalisation de radeaux flottants, au large, dans l’objectif d’offrir des supports de ponte pour la faune benthique, sur un lac à fort marnage comme Serre-Ponçon. Ces essais constitue une première en eau douce.

Cette semaine, des marquages (spaghettis) et suivis de 300 brochets permettront d’améliorer nos connaissances sur les mœurs de cette espèce dans notre lac (adaptation, suivi des déplacements et localisation des zones de reproductions,…)

Enfin, au printemps prochain, sera réalisé un suivi du développement de Rorippa Sylvestris ainsi que des chantiers favorisant son implantation de manière pérenne visant l’augmentation des surfaces rivulaires végétalisées.

(Photo : Brochet 1m21 – Dewis Davudian, Serre-Ponçon, juillet 2018.)

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