Hautes-Alpes : La truite arc-en-ciel est-elle un danger pour notre truite fario ?

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Hautes-Alpes : La truite arc-en-ciel est-elle un danger pour notre truite fario ?

Depuis un an maintenant, les associations de pêche des Hautes-Alpes proposent des “Parcours de pêche attractifs”.

Ces parcours sont choisis pour être faciles d’accès, sans obstacles et sans conséquences sur le milieu aquatique (secteurs de rivière endigué ou aménagé…). Ils font l’objet tout au long de l’année de déversements de truites adultes, aisément capturables à partir de poissons de pisciculture. Ces secteurs sont de préférence assez courts et bien délimités (« du pont au pont » par exemple…). Sur place, des panneaux en indiquent les limites ; les dates des lâchers sont à disposition sur notre site www.peche-hautes-alpes.com ainsi que sur notre page Facebook et sur « Actupêche05 ».

Le choix des associations de pêche Haut-Alpines se portent de plus en plus, sur ces parcours, sur de l’empoissonnement à partir de truites arc-en-ciel.

Avec la présence simultanée de deux espèces : truites fario et truites arc-en-ciel dans les eaux de nos montagnes, on peut s’interroger sur les risques de cette cohabitation pour nos truites farios ?

La truite fario de pisciculture… un risque de pollution génétique sur nos truites fario « Méditerranéenne »

Les études génétiques de nos rivières Haut-Alpines nous l’on clairement démontré : depuis 12 000 ans, les truites fario sauvages de souches « Méditerranéennes » peuplent nos cours d’eau avec des différenciations d’une vallée à l’autre… Une truite du Drac est bien différente génétiquement d’une truite du Buëch, de la Clarée, de la Biaysse, du Guil, etc …
Les truites arc-en-ciel, quant à elles, ne se reproduisent pas ou peu dans nos eaux et ne se croisent pas avec les truites farios. Il n’y a donc aucun danger de pollution génétique ou d’hybridation ce qui est loin d’être le cas lorsque des milliers de truites de pisciculture de souche « atlantiques » – les seules que l’on parvient correctement à élever – sont introduites dans nos cours d’eau. Là, la menace de pollution génétique qui pèse sur nos truites sauvages est bien réelle.

L’introduction de truites arc-en-ciel ne présente pas de risques, puisqu’aucune hybridation n’étant réalisable entre les deux espèces.

A noter que des essais de reproduction et d’élevage de nos truites fario méditerranéennes ont été fait, par le passé, dans notre pisciculture fédérale à La Roche de Rame. Ces tentatives ont été infructueuses. Les poissons sauvages ne tolèrent pas la captivité. Les mortalités sont trop importantes.
De plus, les poissons étant génétiquement différents d’une vallée à l’autre, il paraît plus logique de s’investir sur la préservation ou sur l’amélioration des conditions de vie et de fraie de nos populations sauvages de fario.

Pas de réelle concurrence territoriale…
La présence d’arc-en-ciel ne porte pas préjudice aux truites fario.
Elles ne les délogent pas de leur territoire. C’est en fait l’inverse qui se produit : truites fario et truites arc-en-ciel mises en concurrence dans le milieu naturel, la situation tourne à l’avantage des truites fario !
Les truites fario se montrent plutôt agressives vis-à-vis de la nouvelle venue et cantonnent les truites arc-en-ciel sur les parties de la rivière qu’elles ne fréquentent pas. Elles n’occupent pas les même postes sur la rivière : la truite fario est territoriale et casanière (exceptée la période de reproduction) alors que la truite arc-en-ciel se tient habituellement en pleine eau, et est de ce fait plus accessible aux pêcheurs. Il semblerait donc, dans le cas de la truite arc-en-ciel, que des déversements ciblés sur des secteurs choisis n’ait aucun impact sur la densité des populations sauvages.

Pas de réelle concurrence alimentaire… 
Dans les parcours de pêche attractifs, en rivières, les truites fario profiteront de toutes les opportunités de chasse et guetteront la nourriture sur leur poste d’alimentation (larves d’insectes, éclosions,…).
La truite arc-en-ciel, elle, n’occupe pas les mêmes postes, et ne contrarie pas l’alimentation de nos truites fario. Elle est d’ailleurs moins craintive, s’aliment plus régulièrement à la moindre éclosion, même en plein jour, elle se met à gober les insectes en surface. Cette forte activité diurne constitue un plus pour les pêcheurs.

Des exigences ‘milieu’ moins fortes chez la truite arc-en-ciel…
Avantage de la truite arc-en-ciel, elle est plus tolérante par rapport à la qualité des eaux.
Elle résiste bien aux pollutions légères et est moins exigeante quant à la température de l’eau et au taux d’oxygène dissous.
En exemple, en été sur les secteurs ensoleillés de rivières où l’eau se réchauffe : les truites fario deviennent apathiques et sont obligées de se réfugier dans les zones fraiches lorsqu’il y en a ; Les truites arc-en-ciel, quant à elles, continuent de s’alimenter.

Le coût de production est favorable à la truite arc-en-ciel :
Moins chère que la truite fario en raison des tonnages produits, d’une meilleure aptitude à l’élevage (s’alimente mieux, traitements et mortalités plus faibles…), la truite arc-en-ciel coûte 5€/kg, la truite fario 8€/kg soit environ 40% de moins. Une économie non négligeable pour nos associations de pêche et la Fédération à reporter sur d’autres actions (restaurations milieux, communication, animations…)

La truite arc-en-ciel est plus combative !…
Dans une rivière, l’arc-en-ciel pourrait presque être qualifié de « poisson de sport ». Elle séduit de nombreux pêcheurs car il faut bien l’avouer, par ses rushes, ses sauts endiablés, une arc-en-ciel se bat mieux qu’une truite fario.

Soulage la pression de pêche 
La truite arc-en-ciel est vite pêchée et extraite du milieu. Sa présence permet de conserver sur ces « parcours attractifs » la pratique de la pêche et de mener une politique de protection efficace des populations de fario sauvages : La présence massive de truites arc-en-ciel sur un parcours défini soulage sensiblement la pression de pêche sur les truites farios indigènes.

Compte tenu des informations disponibles, et de manière à pratiquer une gestion promotionnelle de la pêche la plus neutre possible envers le milieu naturel, le choix judicieux de parcours attractifs ciblés, avec de la truite arc-en-ciel, reste le meilleur compromis.

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