Quand le tourisme décolle, la pêche va saisir la notoriété grandissante du lac. L’horizon 2050 se prépare déjà. Les nombreuses analyses sur la modification des écosystèmes épargnent, à ce stade, la pratique à Serre-Ponçon. Un lac bas n’empêche pas une pêche du bord.
Ils ont probablement toujours été là. Même avant que Serre-Ponçon ne soit lac, quand la Durance était un impétueux courant redouté. Ils, ce sont les pêcheurs. « Le lac a modifié la configuration de la Durance, mais il a été pêché dès sa construction. Car il est très facile d’accès et relève du domaine public, c’est-à-dire que chaque possesseur de carte de pêche en France peut y venir », observe David Doucende, chargé de mission de la Fédération de pêche des Hautes-Alpes.
Au tournant des années 2000, peu après avoir décortiqué l’hydrobiologie de Serre-Ponçon lors d’études à l’université d’Aix-Marseille, David Doucende s’installe dans les Hautes-Alpes. « Le lac était moins aménagé : en plein été, la place était occupée par les baigneurs et les pêcheurs », observe-t-il Et sur les bateaux ? Des férus de la chose halieutique aussi. « On avait à la fois des pêcheurs “du bord”, qui sont la majorité des adhérents, et des pêcheurs à la traîne. Cette seconde catégorie est pratiquée en bateau sur tous les grands lacs alpins. »
« ON A DES PÊCHEURS TOUTE L’ANNÉE SUR SERRE-PONÇON”
Quand le tourisme décolle, la pêche va saisir la notoriété grandissante de Serre-Ponçon. « C’est aussi le fruit d’un travail réalisé au sein de notre Fédération pour mieux le faire connaître, signale David Doucende. Les gens viennent ici pour la randonnée ou le ski ? On leur a présenté la possibilité de pêcher ce grand lac. » La période de pratique a même pu être élargie : « On a des pêcheurs toute l’année sur Serre-Ponçon. »
La ressource piscicole a suivi. « La pression de pêche n’a jamais été excessive sur le lac et n’a jamais eu d’impact défavorable, analyse le chargé de mission. Les poissons se reproduisent naturellement – l’essentiel des truites et brochets est naturel – mais nous donnons un coup de pouce avec des alevinages. »
Alors que le premier quart du XXI e siècle s’achève, les chiffres de pratique sont flatteurs pour la Fédération de pêche des Hautes-Alpes : 16 000 adhérents déclarés, dont 60 % de touristes. « Sans compter les pêcheurs qu’on ne connaît pas sur Serre-Ponçon, pouvant être estimés entre 8 000 à 10 000 personnes en plus ». Le tout avec « assez peu » de conflits d’usage selon David Doucende : pêcheurs et baigneurs ne partagent guère les mêmes horaires.
L’horizon 2050 se prépare déjà. Les nombreuses analyses sur la modification des écosystèmes épargnent, à ce stade, la pratique à Serre-Ponçon. Un lac bas n’empêche pas une pêche du bord, tandis que le taux de renouvellement de l’eau reste important au fil du marnage (le remplissage et le vidage). Et si la surface du lac a gagné un embonpoint de degrés, il a sa profondeur pour proposer de la fraîcheur. « On est plus inquiets pour nos rivières », confie David Doucende.
Article Dauphiné Libéré du 28 décembre 2025.
©️ Fédération de pêche des Hautes-Alpes.