Un pêcheur a signalé, le jeudi 23 juillet, à la Fédération une mortalité de truites sur un tronçon localisé de l’Aigue-Agnelle, affluent du Guil, dans le Parc naturel régional du Queyras. Le secteur concerné s’étend de l’amont de la prise d’eau de la centrale hydroélectrique de Ville-Vieille jusqu’à la Demoiselle Coiffée.
Nous tenions à vous informer objectivement de la situation.
Ce que l’on sait à ce stade
La mortalité a été observée sur un tronçon limité de l’Aigue-Agnelle (environ 800 m), entre l’amont de la prise de Ville-Vieille et la Demoiselle Coiffée.
En amont comme en aval de ce secteur, la situation est normale : aucune mortalité n’a été constatée. Le Guil n’est pas concerné.
L’hypothèse retenue est celle d’un flux polluant ponctuel ayant provoqué une anoxie de la masse d’eau (une chute brutale de l’oxygène dissous), à laquelle les truites présentes sur ce tronçon n’ont pas pu échapper.
Tous les poissons du secteur touché n’ont pas péri : la mortalité, bien que réelle et regrettable, n’est pas totale.
Une cause qui n’a rien de naturel
Il faut être clair sur ce point : la sécheresse et les conditions hydrologiques ne sont pas en cause. Un épisode d’étiage ou de réchauffement des eaux produirait des effets diffus, progressifs, et sur de larges portions de bassin. Ici, la mortalité est brutale, strictement circonscrite à un tronçon, avec un amont et un aval parfaitement sain. Cette signature est certainement celle d’un apport polluant, et non d’un phénomène climatique.
C’est bien ce que les investigations en cours devront établir précisément.
Ce que nous voulons éviter
Nous savons que ce type d’événement suscite légitimement de l’inquiétude, et que des informations amplifiées circulent vite. Non, ce n’est pas l’ensemble de l’Aigue-Agnelle qui est touché, et non, il ne s’agit pas d’une disparition totale du poisson sur ce cours d’eau. Le phénomène est circonscrit dans l’espace et, selon les premiers éléments, dans le temps.
Un enjeu réel : une souche d’exception
Les pêches d’inventaire réalisées cette année sur l’Aigue-Agnelle avaient mis en évidence des densités importantes de truites sauvages méditerranéennes.
Il faut mesurer ce que cela représente. Depuis plusieurs années, notre Fédération s’est fortement investie dans la connaissance de cette truite, notamment dans le cadre du programme européen Interreg ALCOTRA GE.CO (Gestion Écologique des Conflits), aux côtés du Parc naturel régional du Queyras, du Parc du Mont-Viso et de partenaires scientifiques français et italiens.
L’étude génétique menée sur la Durance et ses affluents, à partir de plusieurs centaines d’individus, a révélé des populations relevant très majoritairement de lignées sauvages, héritées de la recolonisation post-glaciaire des Alpes il y a une vingtaine de milliers d’années.
Autrement dit : ces truites sont un patrimoine vivant. Elles sont l’un des meilleurs indicateurs de la santé de nos torrents, et la Fédération a engagé pour elles une véritable gestion patrimoniale.
C’est précisément ce travail de longue haleine qui rend cet épisode d’autant plus inacceptable.
La position de la Fédération
Qu’un tel épisode survienne sur un territoire aussi préservé, au cœur d’un parc naturel régional et sur un cours d’eau abritant une population de truites sauvages de grande valeur patrimoniale, n’est pas acceptable. La Fédération le dit sans détour.
Nous serons attentifs à ce que les investigations aillent à leur terme et permettent d’établir avec certitude l’origine de cette pollution. Nous nous associerons à toute démarche visant à ce que les responsabilités soient établies et que de tels faits ne se reproduisent pas.
Les suites données
Dès le signalement, l’ensemble des services compétents en matière de police de l’environnement, de la pêche et de l’eau ont été alertés : DDT05, OFB, Parc naturel régional du Queyras, communauté de communes. Des investigations sont en cours, et une procédure a été engagée par l’Office Français pour la Biodiversité, dont l’efficacité sur ce type de dossier est reconnue.
Nous tiendrons les pêcheurs informés de l’avancement de ce dossier au fur et à mesure des éléments dont nous disposerons.
Crédit photo : Association de pêche “La Truite du Guil”.